L’angine reste l’un des principaux motifs de consultation en médecine générale, occupant près de 7 à 8% des consultations pour fièvre chez l’enfant et 3 à 4% chez l’adulte (source : VIDAL, HAS). Pourtant, seuls 15 à 25% des angines chez l’adulte sont d’origine bactérienne, essentiellement dues au Streptococcus pyogenes (streptocoque du groupe A – SGA). L’immense majorité des cas sont viraux, ne nécessitant aucun antibiotique. Les erreurs diagnostiques peuvent mener à deux écueils majeurs : prescription excessive d’antibiotiques, avec le cortège de résistances et d’effets secondaires inutiles, ou à l’inverse retard de traitement sur des formes graves.
Le diagnostic clinique seul a une faible valeur prédictive : fièvre et douleur pharyngée n’orientent pas de façon fiable et le risque de prescrire abusivement des antibiotiques sans outil objectif était d’environ 70% avant la diffusion des scores cliniques (Cochrane, 2020). Le recours au score de Centor, simple et validé, a amélioré la rationalisation de notre prise en charge.
Décrit en 1981 par Robert Centor, ce score s’appuie sur quatre critères cliniques majeurs, évalués au lit du patient et connus pour leur valeur prédictive positive en faveur d’une origine bactérienne (Centor, JAMA, 1981). Leur présence ou leur absence permet de stratifier le risque de SGA :
Chaque critère compte pour 1 point. Certains modifient le score selon l’âge (modification McIsaac) :
Le score maximum est de 5 points (McIsaac) ou 4 points (Centor pur). Plus le score est élevé, plus la probabilité d’angine à SGA l’est également :
| Score de Centor/McIsaac | Probabilité de SGA (%) |
|---|---|
| 0-1 | 1-2 % |
| 2 | 11-17 % |
| 3 | 28-35 % |
| 4-5 | 51-53 % |
(source : HAS, 2019 ; Ann Intern Med, 2004)
Le score s’adresse à toute suspicion d’angine aiguë, enfant ou adulte, hors population à risque particulier (immunodéprimés, antécédents de rhumatisme articulaire aigu, etc.). Les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS) sont explicites:
Une méta-analyse Cochrane (2016) sur plus de 18 000 patients a confirmé que la stratégie basée sur le score associée à un TDR permet de réduire la prescription d’antibiotiques de 30% sans augmenter les complications (source : Spinks, Cochrane Database, 2013).
Malgré sa simplicité et son efficacité, le score doit être utilisé avec discernement :
L’analyse fine de la symptomatologie permet d’orienter le diagnostic clinique, bien que l’examen seul soit souvent pris en défaut :
Un érythème cutané (scarlatine) oriente nettement vers une origine bactérienne, mais attention aux présentations atypiques, fréquentes chez l’enfant et l’adulte jeune.
Les taux de résistance aux antibiotiques restent très corrélés au niveau de prescription d’antibiotiques en ville. Selon Santé publique France, la France reste l’un des pays européens les plus prescripteurs, et jusqu’à 10 millions de traitements antibiotiques seraient évitables par an, dont une part importante pour les angines (Santé Publique France, Rapport 2023).
La diffusion des scores cliniques comme Centor a permis de réduire l’utilisation injustifiée des antibiotiques, avec un impact direct sur la résistance bactérienne (EARS-Net, 2022). Par ailleurs, le recours aux scores validés favorise la formation et l’autonomie des internes ainsi que la confiance des patients envers le raisonnement clinique de leur médecin.
Sources complémentaires : • Haute Autorité de Santé (HAS) – « Prise en charge de l’angine en médecine de ville », 2019 • Centor RM et al., “The diagnosis of strep throat in adults in the emergency room”, Med Decis Making. 1981 • Santé Publique France – “Antibiotiques en France : Consommation et résistances”, 2023 • Spinks A et al., “Antibiotics for sore throat”, Cochrane Database Syst Rev. 2013 • EARS-Net Annual Report, 2022 • NICE Guidelines, 2023